“Le Canada a besoin de vous”.
C’est le titre d’un article paru dans le journal métro en Belgique le 16 Octobre 2009.
Mon tonton me l’a transféré. Je dois dire que, avec le recul, je ne pouvais m’empêcher de commenter.
Le Canada a besoin de vous. Ouais ouais. Cause toujours.
C’est vraiment symbolique du double message complètement contraire du Canada. L’un du gouvernement québécois qui veut renforcer le Québec et le français au Canada en allant chercher des immigrants francophones. De l’autre, les conservateurs au pouvoir qui ne sont pas si emballés que ça par l’immigration.
Évidemment, l’article est présenté avec une merveilleuse image clichée du Canada: La grande nature avec un long train, au bord de l’eau.
Oui, le Canada, c’est ça. Mais personnellement, je n’ai pas encore passé beaucoup de temps dans un tel environnement depuis que je suis arrivé. Mais bon, c’est correct. Cela met du punch et cela attire. Et oui, il y a quand même beaucoup de grands et beaux paysages au Canada.
L’article commence en soulignant “le manque criant de main d’oeuvre” au Canada. “Les anciennes générations qui quittent leur travail”, etc.
Alors oui, on le dit ici aussi que les “baby boomers” s’en vont à la retraite. Sauf que dans le tableau, on oublie aussi “la crise” et le fait que les vieux trainent à partir. De plus, ce n’est pas un jeune qui va remplacer le vieux, il n’a pas assez d’expérience. Car même si dans les médias, la crise passe déjà pour un mauvais (et court) souvenir pour le Canada, pour la recherche d’un emploi, c’est autre chose.
L’article souligne le “manque de francophones” dans tout le Canada, sauf au Québec. Oui, mais bon, en même temps, il n’y a pas non plus 3 000 000 de francophones en flandres. Même chose ici. Chacun reste chez soi.
Alors, oui, si vous voulez vivre et parler en français au Canada, c’est possible mais surtout au Québec, autre part, il faut savoir parler anglais. “Avoir des francophones pour aider ces communautés [francophones dans les autres provinces]“. Bullshit.
Alors, le salon de l’emploi “Destination Canada” de Bruxelles. Encore de la promo toute brillante Las Vegas mais vide de contenu. Même si vous y allez, faites bien attention car on vous promet monts et merveilles, mais le retour est très très décevant. Sachez que culturellement, les nord américains sont toujours positifs et “okay okay oui parfait intéressant” même si en vrai, ce n’est pas le cas. Donc votre CV sera très souvent super et intéressant et “oh oui et blablabla”. Je ne dis pas que c’est mal. Cela se passe juste de cette façon culturellement mais, en Europe, cela est interprété différemment. Moi, je l’ai interprété différemment.
J’aime beaucoup aussi le second titre “La talent est préféré au diplôme” et aussi “les compétences au Canada sont plus importantes que la longueur de son CV”. Oui tout ça est vrai, mais on oublie aussi de dire: talent QUÉBÉCOIS. Votre expérience vaut ZÉRO en dehors du Québec/Canada. En Belgique, une expérience à l’étranger est plus que bien vu, c’est même un bonus, cela peut vous faire grimper des échelons plus vites. Par contre ici, vous avez fait des choses avant à l’extérieur du Canada? Très bien oui oui mais, dans le fond, on ne connait pas tout ça car c’est en Europe donc cela ne vaut pas grand chose.
Compris? Votre expérience, bien bien mais on s’en fout. Votre diplôme? Bien bien mais je ne connais pas. Votre équivalence? Avec le service de M**** qu’il y a au bureau des équivalences, heureusement que ce n’est pas un document qui m’a encore été essentiel. Pour information, l’équivalence j’aurais dû l’avoir au bout de 3 mois. Et bien, j’ai déjà dépassé 1 an et 2 mois d’attente. Fort. Très fort le service des équivalences.
J’aime vraiment beaucoup la conclusion de l’article: “On peut se demander pourquoi aussi peu de Belges profitent de cette occasion qui pourrait leur offrir un bel avenir professionnel”. HAHA. HAHA. HAHAHA.
Moi, j’en connais des raisons. L’article met ça sur le dos de la longueur des procédures, etc. Oui oui. À première vue cela peut être ça.
Si l’auteur est tellement convaincu, pourquoi ne vient-il lui même pas au Canada?
Et puis, il y aussi toutes les associations professionnelles, tous les ordres, etc. qui font du protectionnisme pour les québécois. C’est correct mais alors que l’on ne fasse pas une telle pub chez moi. La pub n’est pas mensongère mais disons qu’elle omet beaucoup beaucoup de facteurs.
Je vous vois déjà dire “Oui mais regarde toi et Celia vous vous en sortez bien, donc c’est possible”. Oui, c’est possible. Mais il faut avoir de la chance. Un, je suis tombé sur une personne qui ne rejetait pas les expériences à l’étranger (mais elle aussi est partie à l’étranger!) et mon boss direct est français. Non pas qu’il a favorisé un européen mais il comprend que mes études et mon expérience valent quelque chose. Tout ça joue. Pour Celia, pareil. Elle a commencé par un petit boulot qui n’arrivait pas du tout à son niveau d’étude. Et grâce à ça, elle a pu avancer. Tout est question de chance.
On me demanderait si je le referais ou si je regrette. Non, je ne regrette pas mais je reste amer dans ce processus de recherche d’emploi et d’image fausse que le Canada répand à l’étranger, dans mon pays ainsi que les espérances que cela entraine.
Il y aussi un petit passage sur le type de visa que je fais actuellement “Vacances Travail Canada Belgique”. Visa soit-disant magique qui vous permet de “voyager librement au Canada et d’y exercer des emplois temporaires au fil de [vos] déplacements”. Ouais… Alors l’image bucolique merci. Car un employeur, quel qu’il soit, n’a pas envie de que vous bossiez juste 2-3 semaines pour vous faire du fric et bye bye.
Et dans les villes, la compétition est plus féroce, avec tous les étudiants à la recherche d’une jobine.
Et Celia et moi faisons partie, comme le dit l’article, des “quelque 500 jeunes Belges [qui] ont profité de l’occasion” l’année.
ol.


J’aime les analyses fondées et pertinantes comme cela la!